samedi 6 février 2010

La maison du cantonnier



Quand j'étais petite, nous habitions l'école du village. C'était une grande maison, divisée en trois, la mairie, la salle de classe et l'appartement. Ce dernier comprenait en rez de chaussée une cuisine avec un poêle qui nous chauffait au charbon. On stockait le coke dans un broc que l'on remplissait chaque matin. J'adorai voir ma mère soulever la plaque d'un geste expert avec un crochet tandis que les flammes sortaient, toutes jaunes sur la fonte lustrée et noire. Il y avait un évier avec l'eau courante froide, c'était le seul point d'eau de la maison, on y faisait sa toilette. Sur l'arrière, une chambre restait vide d'occupants la plupart du temps, décorée de meubles des années 60 très modernes où mes parents ont installé la télévision en 1961. C'était une grande télévision sur un meuble prévu à cet effet, en formica jaune avec des pieds en fer forgé équipés de roulettes. Les rideaux étaient jaunes et rouges décorés de motifs noirs tels de larges coups de pinceau. La pièce était glacée en hiver car elle donnait au nord et n'avait pas de moyen de chauffage.
A l'étage il y avait deux chambres celle de mes parents qu'ils nous laissaient l'hiver équipée d'un poêle et la notre sans rien, que l'on reprenait l'été! Le poêle ne suffisait pas car il n'était allumé que le soir, le lit était donc glacé. Ma mère chauffait des fers à repasser en fonte qu'elle enveloppait de linge afin que nous puissions réchauffer nos pieds habillés de chaussettes en laine.
Il y avait aussi une pièce vide, qui servait de débarras et qu'on appelait la grande chambre, on y jouait quand il pleuvait. Au dessus un immense grenier stockait le drapeau usé de la mairie, des boîtes blédilait en fer blanc et leur cuillère, bref un vrai grenier. Sous l'escalier qui montait à l'étage, un cagibi avec lessiveuse, garde manger et peaux de lapin en attente du marchand. Par le jardin derrière la maison, on accédait à la cave qui sentait la terre battue et le fruit mûr, remplie de pommes de terre, de bocaux, de bouteilles, de charbon que le marchand déversait par le soupirail prévu à cet effet. J'aimais particulièrement faire croire à mon frère que le loup s'y cachait.
Le vestibule distribuait la salle de classe à droite, accès réservé à la directrice, ma mère et à gauche, le logement de fonction. La porte d'entrée était ornée d'un magnifique rosier rose aux fleurs extrêmement odorantes .
C'était l'époque où les couples pouvaient avoir une "bonne", elle venait toute la journée et on l'appelait Doudou. Elle nous a élevés, j'ai de vagues souvenirs, je sais qu'elle était douce, qu'on l'aimait beaucoup, elle et le chat minette. Très rapidement, mes parents n'ont pas pu la garder, ce qui tombait plutôt bien puisqu'on avait grandi. Elle n'est plus venue que pour le ménage puis plus du tout. Nous aimions la revoir, aussi un ou deux samedis par an, mes parents nous laissaient chez elle pendant qu'ils allaient ensemble à la grande ville faire des courses. Elle habitait dans une maison ouvrière type logement de familistère, un peu triste, mais étonnante pour moi qui connaissait les grands espaces de la cour d'école.
Rien à voir avec la maison du cantonnier que nous allions visiter régulièrement."Le père B." habitait une maison qui me faisait penser à la masure dans le conte des frères Grimm, Hans et Gretel ou à celle du petit poucet. En ardoises presque noires, couvertes de mousses et de feuilles pourries, elle était cernée d'un haut mur de pierres et d'arbres gigantesques où nichaient les corbeaux. Blottie près d'une petit ruisseau, ce coin de bocage était très humide et sombre. Un mètre maximum entre le mur de pierres et la maison était le seul endroit où l'on pouvait jouer. Je me racontais des histoires et je cherchais les fougères qui poussaient dans les anfractuosités, toute vertes sur les pierres noires et luisantes.

jeudi 4 février 2010

Plafond de verre

J'aime l'expression, elle résume la formation à laquelle j'ai participé sur deux jours concernant  les carrières féminines. Deux jours intenses! En arrivant, j'ai eu peur de m'ennuyer, de trouver le temps long! Pas du tout! La formation s'articule autour de quatre thèmes, dire, lire, vouloir et agir. 
Dire l'égalité filles-garçons ou plutôt l'inégalité, définir les mots, mixité, genre, égalité, etc...
Lire les statistiques et les interpréter.
Vouloir.
Agir.
Les filles ont "en gros" intériorisé l'idée qu'elles jouaient le rôle principal dans la famille  (ménage, courses, repassage des chemises de l'homme par amour, cuisine et torchage des marmots) que l'homme était souvent considéré comme le "bread winner" (celui qui va à la chasse pendant que bobonne garde les enfants) par conséquent elles sont  sous représentées à la tête des services de la fonction publique par exemple, 33%  d'entre elles  sont cadres mais 67 % n'encadrent personne ou de toutes petites équipes, elles gagnent de 15% à 29% moins que les hommes à compétences et qualifications égales, 13% sont maires d'une commune alors que la parité existait dans les listes, 14% députés. Ce qui attend les femmes à la retraite est pire, souvent elles ont pris des congés, se sont mises à temps partiel. La liste est longue! Je suis rentrée déprimée.
Débriefing avec le masculiniste de service (si, si ça existe): édifiant! Pour faire simple, la femme est une grosse feignasse qui refuse les responsabilités, n'a qu'une envie, se la couler douce, bref! Les faits sont là, elles ne veulent pas!!!  (Répéter au moins trois fois). Le reste est de la sociologie de drugstore qui ne tient pas la marée face aux faits. "On n'y peut rien sauf à faire des lois pour obliger à la parité ou à l'égalité".
Ok, là, on est d'accord car c'est la seule solution!
Mais  comment expliquer que l'on trouve alors suffisamment de volontaires femmes pour faire le "job"????

samedi 30 janvier 2010

Appel à collaboration.


Depuis le début de ce blog, je ne suis guère satisfaite par le titre que je lui ai donné. Commencé un peu comme un gag, j'y ai vite pris goût et j'adhère de moins en moins à cet intitulé burlesque (grotesque?) qui ne correspond plus vraiment à ce que j'en ai fait. On choisit souvent sur un coup de tête, par provocation sans prendre le temps de bien réfléchir en se disant que l'aventure ne durera pas.  Et puis finalement, on alimente, parfois difficilement mais toujours avec plaisir!
Le nom comme je l'explique n'est pas totalement inadapté. Il n'y a pas plus haut breton!  Manger des galettes saucisses était le plaisir et le rêve de mon père, j'en garde l'odeur en tête comme Proust et sa madeleine! Le titre évoque aussi les gelées des matins de dimanche de Toussaint lorsqu'on allait rendre visite à la tante Aimée après avoir fleuri les tombes du cimetière. Elle vivait dans une masure en terre battue, la porte toujours ouverte.  Je me précipitais dans la cheminée pour profiter d'un brin de chaleur, celui d'un feu ridicule qui suffisait à peine à réchauffer le café. C'est un nom lié au bocage, aux chemins encaissés d'où l'humidité s'élève au petit matin, il est moins accordé à l'air de la mer et aux beautés du chemin côtier. J'ai donc envie de changer.

Alors voilà, je fais appel à vos suggestions, étant pour ma part dans l'incapacité de trouver un nom qui soit à la fois ma marque de  fabrique, plus poétique, un peu moins "brut de décoffrage", mais tout aussi breton, humide, vivifiant, salé, au ciel changeant, bercé par les marées et les cris des goélands!
J'ai bien imaginé tout ce qui touche au temps qu'il fait, genre "les embruns"(trop hôtel), la pluie qui mouille (complètement crétin),  après j'ai pensé à ce qui fait le bonheur de la vue: fleurs d'ajoncs (très fest noz et reine de beauté), coquillages et crustacés (déjà pris par un film). Utiliser les  repères de la côte avait un sens, transformant le blog en guide discret du voyageur, ce que je ne fais pas:  corne de brume (les dernières vont bientôt s'arrêter), amer mais je ne prétends pas à être guide suprême, phares et balises (très fonctionnaire).  Ne me viens que des idées ridicules, rien d'évident!
Souvent les images banales s'accordent le mieux mais je n'arrive pas à penser simple!

jeudi 28 janvier 2010

Lourdes

 
Dans les jardins du Vatican, il existe une magnifique reproduction de la grotte de Lourdes! Elle est à l'usage exclusif du pape, de ses acolytes et de quelques privilégiés qui peuvent bénéficier de la quiétude et du bonheur de déambuler dans ces lieux presque saints!
Elle n'est pas la seule copie, leur nombre s'élève à près de 5000 dans le monde! Il y en a même une d'excellente qualité à Hiroshima. La plupart sont "kitch" ou beaucoup plus petites, comme celle du diocèse d'Angers (ci-contre).
Mais ce sont des grottes de pacotille, totalement inefficaces. Sur cette photographie du début du siècle, les milliers de cannes et de béquilles accumulées par les pèlerins miraculés sur les parois de la grotte témoignaient de son efficacité. 
J'aime passer à Lourdes, on a souvent l'impression que le temps s'y est arrêté. Nuls aménagements routiers depuis les années soixante si ce n'est d'immenses parkings payants de plus en plus éloignés, la rue principale aux trottoirs ridicules, est garnie de boutiques où l'on peut acheter fioles d'eau bénite et souvenirs en plastique de toute beauté. C'est un miracle si l'on ne finit pas sous les roues des voitures qui s'enquillent dans la ville.
Des messes sont dites à longueur de journée, dans toutes les langues, la piété palpable lorsqu'on suit tous les malades poussés par des bénévoles en uniforme. L'église, genre immense parking peut accueillir jusqu'à 20 000 fidèles!

lundi 25 janvier 2010

Mon enfant de Berlin

Je ne sais pas pour vous mais moi, je ne trouve pas vraiment chaussures à mon pied concernant les livres qui sortent actuellement! En ce moment, je lis quatre ouvrages en même temps sans vraiment avoir du goût pour les finir. En clair au bout de trois pages, je m'endors au lit! A ce rythme, ils ne sont pas finis! Je me fais largement embobiner par les critiques et le tapage radiophonique. Je suis de plus en plus déçue et j'achète pour rien. Je vais reprendre mon abonnement à la bibliothèque mais sans enthousiasme car les listes d'attente sont longues afin de pourvoir toucher l'objet de nos désirs! Les abonnés passent commande puis le livre va de mains en mains à vitesse variable!
Le dernier bouquin en date qui gît au pied de mon lit avec trois autres est  mon enfant de Berlin de Anne Wiazemsky. L'auteur, fille de Claire Mauriac a récupéré le journal de sa mère jeune fille et brode autour. Aucun intérêt si ce n'est approcher la mentalité et les états d'âme d'une jeune femme de l'après-guerre.  L'auteur imagine les attitudes et les pensées d'une midinette  (27 ans quand même) émoustillée par l'aventure, loin de sa famille bourgeoise étouffante qui rêve de la voir mariée, qui n'a pas besoin de laver son linge au lavoir ni de travailler dur pour  trouver sa pitance! Est-ce lié à la censure du journal et l'autocensure des lettres écrites à la famille, mais on a parfois l'impression que la guerre serait presque une partie de plaisir! Le sentiment s'atténue à mi-parcours.
Je m'ennuie ferme sans même avoir le plaisir de lire de la belle littérature, l'ensemble est d'une grande platitude, enfantin, puéril.
Une femme à Berlin de Marta Hillers est d'une autre trempe et d'une grande puissance. Le regard est acéré sur les malheurs de la défaite, digne concernant les viols des femmes par les soldats russes. Malgré le doute qui subsiste sur l'édition du journal de cette jeune femme journaliste en pleine guerre froide (parution en 1954), le récit correspond à ce qu'on sait de Berlin en ruine. Il est utile aussi de confronter  cette expérience aux articles de Stig Dagerman automne allemand dont le  récit a été excellemment mis en images par Michaël Gaumnitz sur Arte: 1946, Automne allemand. 


dimanche 24 janvier 2010

Voyage scolaire.




Une des grandes traditions du lycée est d'emmener tous les ans les terminales au salon des formations à Brest, Azimut! Ahhh! Quelle chance on a! C'est une véritable expédition, trois heures de car aller-retour pour une heure et demie sur place, autant dire que cette année nous avons battu notre record de vitesse, je n'y suis jamais restée aussi peu de temps! Il y a des années, nous partions le matin pour rentrer en fin d'après-midi après avoir vidé le lycée de ses élèves de premières et de terminales, puis nous n'avons plus emmené que les terminales et depuis quelque temps nous n'y allons que l'après-midi.... Cette fois-ci, des départs trop tardifs, un interminable périphérique à Brest truffé de feux rouges et de ronds-points, une circulation dense, un car poussif ont réduit considérablement le séjour. Point positif, nous n'avons vu aucun élève à la buvette du parc des expositions. Tous ont dû être efficaces, déterminés et précis dans leur demande. Aucun ne s'est plaint du manque de temps, au pire, ils retourneront avec leurs parents. Notre rôle consiste à prendre des repères, à étoffer notre documentation personnelle qui reste le plus souvent dans nos placards puisque la démarche au final permet aux élèves d'être seuls et responsables, pas de profs sur le dos, ni de parents!
Cette fois-ci l'air était doux, il ne pleuvait pas des cordes, la cafeteria juste rénovée, bien chauffée  nous a permis un échange fructueux entre professeurs responsables. Il n'y a pas si longtemps la salle était enfumée, tous tiraient sur leurs clopes Nous n'avions souvent pas d'autre choix que de subir l'enfumage ou se geler en extérieur, entre les tours en béton et le bruit du boulevard. On rentrait empuantis, bons à laver des pieds à la tête, abrutis par la fumée de tabac.
Cette fois-ci, j'ai juste été soûlée par le bruit du moteur et la chaleur moite du bus. J'ai aussi appris que le prof de philo avait plus de 40 ans et qu'il trouvait que le temps passait trop vite, qu'en cas de handicap une fois vieux, il saura mettre fin à ses jours pour partir en philosophe, que le frère d'une collègue a été anorexique. On n'a pas trop balancé sur les absents....enfin dans le bus, un petit peu mais juste ce qu'il faut, échangé sur les pratiques et repéré l'élève en souffrance, vomissant son déjeuner dans un sac en plastique vert, pressé de rentrer soigner sa gastro.

jeudi 21 janvier 2010

ça caille

Voilà donc un très bon marronnier! Il faut dire que cela fait bien longtemps que nous n'avions pas eu de vrais hivers, sauf à la montagne bien sûr. Chez nous, un peu de gris, des embruns et de la flotte, le menu ne change guère tout au long de l'année. Là ça caille, ça change et c'est beau tout ce givre sous le soleil! Le problème reste le vent, car la température ressentie est carrément pénible.
Les Bretons ne sont pas habitués, par conséquent l'activité est ralentie, voire stoppée, nos élèves qui viennent en transport en commun prennent quelques vacances supplémentaires pour leur plus grand plaisir! Cela dit, sur la frange côtière de Bretagne sud,  nous n'avons pas vu le moindre petit flocon tandis qu'à Scaër, la campagne se couvrait de blanc! Certains ont préféré rester au chaud plutôt que de venir travailler au prétexte qu'ils ne pouvaient pas monter la pente de leur garage en voiture!

Depuis huit jours, le temps est plus clément, presque printanier, à tel point que les mésanges ont investi le nichoir. Elles entrent, sortent et préparent probablement le nid. Voilà trois ans maintenant qu'elles ont élu domicile dans les arbousiers, pile poil en face de la porte-fenêtre! Nous les voyons donc s'activer à construire le lit conjugal et le futur foyer familial!
J'ai prévenu le jardinier chargé de rafraîchir la coupe des arbres afin qu'il n'aille pas perturber les braves bêtes.
Lundi, c'est le couple d'écureuils qui étaient pris de folie amoureuse! Un mâle, gras au poil roux un peu sombre a sauté sur la femelle nettement plus gracile mais aussi plus alerte. Elle a filé le long du tronc du cyprès. C'est à fond la caisse jusqu'au sommet qu'ils ont gravi la bonne vingtaine de mètres en tournant tout autour. Ils sont redescendus aussi vite et ont disparu dans les buissons!
Les oiseaux chantent au petit matin, c'est bon signe!