
Quand j'étais petite, nous habitions l'école du village. C'était une grande maison, divisée en trois, la mairie, la salle de classe et l'appartement. Ce dernier comprenait en rez de chaussée une cuisine avec un poêle qui nous chauffait au charbon. On stockait le coke dans un broc que l'on remplissait chaque matin. J'adorai voir ma mère soulever la plaque d'un geste expert avec un crochet tandis que les flammes sortaient, toutes jaunes sur la fonte lustrée et noire. Il y avait un évier avec l'eau courante froide, c'était le seul point d'eau de la maison, on y faisait sa toilette. Sur l'arrière, une chambre restait vide d'occupants la plupart du temps, décorée de meubles des années 60 très modernes où mes parents ont installé la télévision en 1961. C'était une grande télévision sur un meuble prévu à cet effet, en formica jaune avec des pieds en fer forgé équipés de roulettes. Les rideaux étaient jaunes et rouges décorés de motifs noirs tels de larges coups de pinceau. La pièce était glacée en hiver car elle donnait au nord et n'avait pas de moyen de chauffage.
A l'étage il y avait deux chambres celle de mes parents qu'ils nous laissaient l'hiver équipée d'un poêle et la notre sans rien, que l'on reprenait l'été! Le poêle ne suffisait pas car il n'était allumé que le soir, le lit était donc glacé. Ma mère chauffait des fers à repasser en fonte qu'elle enveloppait de linge afin que nous puissions réchauffer nos pieds habillés de chaussettes en laine.
Il y avait aussi une pièce vide, qui servait de débarras et qu'on appelait la grande chambre, on y jouait quand il pleuvait. Au dessus un immense grenier stockait le drapeau usé de la mairie, des boîtes blédilait en fer blanc et leur cuillère, bref un vrai grenier. Sous l'escalier qui montait à l'étage, un cagibi avec lessiveuse, garde manger et peaux de lapin en attente du marchand. Par le jardin derrière la maison, on accédait à la cave qui sentait la terre battue et le fruit mûr, remplie de pommes de terre, de bocaux, de bouteilles, de charbon que le marchand déversait par le soupirail prévu à cet effet. J'aimais particulièrement faire croire à mon frère que le loup s'y cachait.
Le vestibule distribuait la salle de classe à droite, accès réservé à la directrice, ma mère et à gauche, le logement de fonction. La porte d'entrée était ornée d'un magnifique rosier rose aux fleurs extrêmement odorantes .
C'était l'époque où les couples pouvaient avoir une "bonne", elle venait toute la journée et on l'appelait Doudou. Elle nous a élevés, j'ai de vagues souvenirs, je sais qu'elle était douce, qu'on l'aimait beaucoup, elle et le chat minette. Très rapidement, mes parents n'ont pas pu la garder, ce qui tombait plutôt bien puisqu'on avait grandi. Elle n'est plus venue que pour le ménage puis plus du tout. Nous aimions la revoir, aussi un ou deux samedis par an, mes parents nous laissaient chez elle pendant qu'ils allaient ensemble à la grande ville faire des courses. Elle habitait dans une maison ouvrière type logement de familistère, un peu triste, mais étonnante pour moi qui connaissait les grands espaces de la cour d'école.
Rien à voir avec la maison du cantonnier que nous allions visiter régulièrement."Le père B." habitait une maison qui me faisait penser à la masure dans le conte des frères Grimm, Hans et Gretel ou à celle du petit poucet. En ardoises presque noires, couvertes de mousses et de feuilles pourries, elle était cernée d'un haut mur de pierres et d'arbres gigantesques où nichaient les corbeaux. Blottie près d'une petit ruisseau, ce coin de bocage était très humide et sombre. Un mètre maximum entre le mur de pierres et la maison était le seul endroit où l'on pouvait jouer. Je me racontais des histoires et je cherchais les fougères qui poussaient dans les anfractuosités, toute vertes sur les pierres noires et luisantes.

A l'étage il y avait deux chambres celle de mes parents qu'ils nous laissaient l'hiver équipée d'un poêle et la notre sans rien, que l'on reprenait l'été! Le poêle ne suffisait pas car il n'était allumé que le soir, le lit était donc glacé. Ma mère chauffait des fers à repasser en fonte qu'elle enveloppait de linge afin que nous puissions réchauffer nos pieds habillés de chaussettes en laine.
Il y avait aussi une pièce vide, qui servait de débarras et qu'on appelait la grande chambre, on y jouait quand il pleuvait. Au dessus un immense grenier stockait le drapeau usé de la mairie, des boîtes blédilait en fer blanc et leur cuillère, bref un vrai grenier. Sous l'escalier qui montait à l'étage, un cagibi avec lessiveuse, garde manger et peaux de lapin en attente du marchand. Par le jardin derrière la maison, on accédait à la cave qui sentait la terre battue et le fruit mûr, remplie de pommes de terre, de bocaux, de bouteilles, de charbon que le marchand déversait par le soupirail prévu à cet effet. J'aimais particulièrement faire croire à mon frère que le loup s'y cachait.
Le vestibule distribuait la salle de classe à droite, accès réservé à la directrice, ma mère et à gauche, le logement de fonction. La porte d'entrée était ornée d'un magnifique rosier rose aux fleurs extrêmement odorantes .
C'était l'époque où les couples pouvaient avoir une "bonne", elle venait toute la journée et on l'appelait Doudou. Elle nous a élevés, j'ai de vagues souvenirs, je sais qu'elle était douce, qu'on l'aimait beaucoup, elle et le chat minette. Très rapidement, mes parents n'ont pas pu la garder, ce qui tombait plutôt bien puisqu'on avait grandi. Elle n'est plus venue que pour le ménage puis plus du tout. Nous aimions la revoir, aussi un ou deux samedis par an, mes parents nous laissaient chez elle pendant qu'ils allaient ensemble à la grande ville faire des courses. Elle habitait dans une maison ouvrière type logement de familistère, un peu triste, mais étonnante pour moi qui connaissait les grands espaces de la cour d'école.
Rien à voir avec la maison du cantonnier que nous allions visiter régulièrement."Le père B." habitait une maison qui me faisait penser à la masure dans le conte des frères Grimm, Hans et Gretel ou à celle du petit poucet. En ardoises presque noires, couvertes de mousses et de feuilles pourries, elle était cernée d'un haut mur de pierres et d'arbres gigantesques où nichaient les corbeaux. Blottie près d'une petit ruisseau, ce coin de bocage était très humide et sombre. Un mètre maximum entre le mur de pierres et la maison était le seul endroit où l'on pouvait jouer. Je me racontais des histoires et je cherchais les fougères qui poussaient dans les anfractuosités, toute vertes sur les pierres noires et luisantes.









